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Enrico M. Vaglieri   (Orsago, Italie)

C'est seulement par la mortification qu'on peut atteindre to zoen mallon alethinen: sens de la vie, sens de la mort chez Diadogue de Photice, moine-evéque (Ancienne Epire, Vème siècle)

in
in "La Vie et la Mort", Actes du XXIVe Congrès de l'Association des Sociétés de Philosophie de Langue Française (A.S.P.L.F.), Poitiers 27-30 Août 1992, Ed. Socété Poitevine de Philosophie, 1996, pp. 292-294

 

"L'áme qui exulte dans l'amour-de Dieu est emportée, à l'heure de sa libération, au-dessus de toutes les cohortes des ténèbres avee les anges de la paix." (Cent chapitres gnostiques, 100) C'est un des passages de l'oeuvre de Diadoque de Photicé, qui nous inspire ces brèves considérations et qui représente bien la pensée chrétienne des origines.

Les Pères de l'Eglise avaient déjà beaucoup traité la mort: nous pensons à la théorie des deux voies, utile pour affronta la mort; à l'image du Christ victorieux de la mort (chez Athanase, Rufin, Cromace, Cyril d'Alexandrie, etc.); l'identité du diable avec la mort (I); le rnartyre entendu comme victoire sur la mort (chez Athanase); les exhortations à ne pas craindre la mort (chez Grégoire de Nysse, Cyprien, Paulin de Nola) qui est naturelle, effet méme de la procréation; la différence entre mort physique et éternelle, conséquence du péché (chez Hyppolite); le "mourir au péché" qui fait vivre en Dieu (chez l'Ambrosiaster), etc.

Mais les Pères ont aussi beaucoup médité sur la vie: ils l'entendent non comme pur fait physique, ce qui serait une idée quantitative moderne, mais comme façon d'étre, ensemble de préceptes et vertus à observer en vue du "salut" (une interprétation qualitative, donc), comme vie active ou contemplative ou comme participation au bien. Tout cela comme parcours obligé pour pouvoir atteindre la vraie vie: la contempiation éternelle de Dieu, dans son royaurne, où entreront seulement les justes qui ont su aimer. Nous ajoutons alors à cette riche spéculation l'apport d'un Père mineur, injustement peu connu.

Diadoque de Photicé fut évéque, moine et ascète, guide spirituel d'une communauté monastique et vénéré comme saint; théologien raffiné et homme de lettres aux grandes ressources; victime (peut-étre) des invasione vandales (2). De sa vie, nous savons bien peu: au travers des sources littéraires et de ses ceuvres nous déduisons qu'il était évéque de Photicé dans la Vieille Epire, que son oeuvre fut antérieure à Maxime le Confesseur et à Photius qui l'ont connu, et qu'il fui contemporain du concile de Chalcédoine. Il vécut à peu près entre 400 et 474. Il aurait aussi été déporté en Afrique par les Vandales en 465. Son style dénonce un grec de naissance, de haute culture, avec un talent littéraire et oratoire inné, connaisseur à travers Evagre, de Clément, Origène et des Cappadociens, de Platon, Aristote et Homère.

C'est certainement l'auteur des Cent chapitres gnostiques, ceuvre arrivée jusqu'à nous en beaucoup de manuscrits et qui a influencé les milieux monastiques orientaux pendant quinze siècles (3). De lui nous sont parvenus encore un Sermon pour l'Ascension de Notre Seigneur Jésus Christ, une Vision (dialogue avec Jean Baptiste) et une Catéchèse (Questions et réponses, de goút typiquement philosophique) d'une attribution incertaine (4).

Il est fameux surtout pour sa réfutation du messalianisme (5). E avait probablement la responsabilité d'une communauté monastique, il était directeur de conscience, ascète et peut-étre mystique; dans ses oeuvres il emploie beaucoup les Ecritures. Si nous dépouillons ses pages intenses, nous notons immédiatement que justement le thème de la préparation à la mort représente un possible fil conducteur de sa pensée. Diadoque traite du sens de la mort, surtout dans les dix derniers chapitres de la Centurie, alors que dans le reste de l'oeuvre il s'était occupé de l'ascétique, c'est-à-dire du sens de la vie.

Pour Diadoque, dans les "profondeurs" de l'homme (6), il y a la Gráce, la lumière, le souvenir de Jésus, qui sont le sens de l'áme (Cent., 65, etc.), que l'on doít préserver et défendre, au prix de la colère si nécessaire, mettre sur un plan supérieur à celui du monde, et alimenter avec les prières, avec le verbe de Dicu, avec le silence, avec la contemplation et l'aimour-"agapè". C'est la sensation do garder un trésor secret. Le monde également n'est pas sans beauté - dit Diadoque, qui aime le spectaele do la nature -, mais en comparaison il perd do sa valeur. Cette auto-conscience do valoir dans les profondeurs est importante pour Diadoque, parco que le but do son ceuvre est d'enseigner que l'on peut atteindre la perfecùon, déjà ici en ce monde, greco justement à ce trésor que nous avons et aux conseils gnosúques qui dérivent do l'Evangile (suggérés par le Saint-Esprit), lesquels nous permettront do faire frucúfler le trésor que nous retrouvons (cf. le Décalogue initial do la Centurie, et les chapitres 68, 91, etc.).

Diadoque veut en premier lieu que l'on sache que ce trésor existe dans les profondeurs do l'altre (c'est l'auto- conscience) et que la perfection absolue peut étre atteinte déjà ici, en vivant comme après le trépas, quand nous goúterons la "vie plus vraie" (Cent., 54). Mais la perfection ne peut se faire à moins do s'accompagner do la purification, conune le vinaigre pendant la Passion du Christ (Cent., 5 1). Pour cette raison Diadoque veut ensei- gner ce qu'il faut faire pour arriver à cette perfection, à la Joie sans fin (Cent., 74). Le paradisi c'est-à-díre le telos de la vie et do la mort, c'est le lieu où existera la vraie perfection, qui est Dieu; il n'y aura plus les tortures des tentaúons des démons, et on pourra finalement contempla ces étres parfaits que sont les anges, après avoir subi le jugement. Le photicien veut pousser ses confrères à l'amour do Dieu, qui indique à l'homme la joie do la perfection. Le point fondamental do son enseignement relève du système monastique des valeurs: la réflexion théologique - toute orthodoxe - et apologétique, la culture philosophique (dont toutefois il nous transmet seule- ment do brefs passages), les expériences mystiques et l'ascétisme, ainsi qu'aussi une sensibilité lyrique considérable.

D'un grand intérét pour notre thème, par exemple, la coneepúon diadoquéenne des étres spirituels, anges et démons (et a Intere aussi les Ames des trépassés). Les anges sont une des liaisons pius ciaires entro la vie et la mort, ils sont modèle do joie, do perfection, do pureté; ils sont mc>tif d'espoir et guides pour les "athlètes do l'esprit". Les démons acceptent la vie do l'homme do la naissance à la mort. Ils le tentent. mais ils peuvent étre vaincus (Cont., 42): pour cela, il est suffisant do se laisser éclairer et do suivre le conseil et l'exemple des anges; chercher à récupérer la nature angélique qui nous a été donnée ab origine, en suivant les conscils gnostiques, en partant do l'humilité ( do la désolation) et do l'obéissance dans la charité. Le prix sera l'étemelle joie du contact facie adfaciem avec Dieu et non plus per speculum in enigmate (cf. I Cor., 13, 12), que le mystique commence à comprendre par intuition déjà dans la vie.

Les suppositions philosophíques do l'existence do l'ascétisme mystique do Diadoque sont exposées dans le décalogue do la Centurie, les dix brèves définitions initiales qui syntbétisent les "discours do jugement et do discemement spirituels". Dieu est l'objectíf eschatologique supraterrestre: le chrétien doit penser toujours à Dicu, aux biens qu'il a promis; il doit sentir sa présenee, rnéme intimement, en s'ignorant lui-méme, en le désirant méme dans la mort. D'autre part, le refus do la mentalità du monde: s'éloigner spirituellement des biens terrestres et en étre détachés, oublier les bonnes aetions, ne pas se laisser entrainer par la colère, se sentir unis à Dicu à chaque instant. Conséquenee do tout cela: savoir supporter toute violenee et considérer la mort comme un événement heureux ("la transformation totale: dans la jouissance do Dieu, compter pour une joie les horreurs do la mort": c'est la dixième défìnition). En ce sens, mais sculement per accidens, l'existenee méme do Satan, du péché, et do l'enfer méme, qui est corollaire do ces demiers, est utile. Il faut vivre avec la pensée toujours tournée au-dessus et en dehors du monde, vers Dieu, écrit Diadoque. C'est pour cela que la mort sera joie. Diadoque parlo d"'union du corps à la vision divine" (thèrne plus tard repris par les Palamites), également au moyen do la "prière de Jésus" (après la mort la "forme" des créatures devient vision compìète; la connaissance est vision do Dieu qui est la lumière qui éclaire: Visiorí 17). Diadoque parlo do l'action du Saint-Esprit (Cent., 68 e 73), et, en effet, la tbéologie, pour lui, c'est la familiarità avec le Verbe do Dieu (avee un "V" majuscule).

Dans cette coneeption do l'univers, le mystère do l'Incarnation do Dieu dans le fils do Marie do Nazareth acquiert un sens spécial et spécifique; avec Iequel, ajoutons-nous, aucun philosophe (et aucun homme, comme disait Kierkegaard) ne peut faire mùoins que se confronter bistoriquement, surtout aujourd'hui, quand, comme le soutenait Benedetto Croce, "nous ne pouvons pas ne pas nous dire chrétiens". C'est justement au moyen do l'Incarnation que le péché et la mort sont vaincus et que l'homme est élevé vers Dieu plus que n'importe quelle autre creature. "Le Verbe, qui est Dieu, s'est fait bomme pour que nous puissions étre divinisés", enseignait Athanase. Do cette fagon, le corps, que Platon avait défini comme prison do l'áme, devient le tempie du Saint- Esprit.

L'anthropologie do l'évéque do Photicé - dit-on - est équilibrée. La pratique do la mortification chrétienne n'a pas pour Diadoque "valeur en soi et pour soi", comme si s'abstenir des aliments ou s'acharner sur les sens n'eussent d'autre fonction que celle d'atimenter la vie. L'homme ne peut pas háir sa propre chair, mais doit utiliser son propre corps en sainteté et respect pour surabonder do joie (Diadoque aime beaucoup les lettres do Paul et cito piusieurs fois Eph.,. 5, 29, 1, Tess., 4, 4, et autres). "L'aete ménie de notre sainte scienee nous enseigne qu'il y a un seul sens naturel de l'áme divisé ensuite en deux opérations par suite de la désobéissance d'Adam; mais qu'un autre est simple, cclui qui lui vient du Saint-Esprit, et que nul ne peut connaitre si ce n'est seulement ceux qui se détachent volontiers des avantages de cette vie dans l'espoir des biens futurs et qui flétrissent par la continence tout l'appétit des sens corporels. En ceux-là seulement l'esprit se meut en pleine vigueur gráce à son détachement et peut sentir indiciblement la bonté divine, en suite de quoi il communiqiíe alors sa propre joie au corps lui-méme selon la mesure de son progrès, exultant sans fin en sa confession pleitte d'amour." (Ps., 4 1, 5). "En lui, dit le Psalnúste, mon caur a espéré, etjai été secouru, et ma chair a refleuri, et de toute ma volonté je le confesserai." (Ps., 27, 7). Car la joie qui remplit alors vraiment l'áme et le corps est l'un ressouvenir infaillible de la vie incorruptible" (Cent., 25)

Díadoque propose la renonciation et la morúficaúon non seulement à ceux qui praúquent la vie monastique, mais à chaque vrai disciple de la Croix du Crist. parce qu'elles introduisent à la connaissance de la foi pendant la vie et à la contemplaúon dans la gloìre du ciel (du reste do nombreuses règies monasúques, pamù lesquelles par exemple, la première, celle de Basile, ne semblent pas adressées sculement aux moines) (7).

La mort, pour conclure donc, au licu d'eniever du sens à la vie (car que nous devons mourir est l'unique certitude que nous possédons), en rendant tout limite et relatif, y prend méme part: le trépas est la dernière épreuve, voulue par Dieu, la plus difficile, qui donne un sens à tout le reste; et un sens à la vie méme: c'est peut-étre seulement ceci le vrai but de la vie, pour ceux qui ne se résignent pas au transeunter (que ce ne soit pas raisonnable d'espérer élinùner la mort ou trouver le sens de la vie dans quelque chose d'autre que la spiritualità, toutes les civilisations l'ont compris, et scui ce phénomène tout moderne qu'est l'athéisme a cherché à éluder le problème, en proposant des buts alternatifs qui, désormais vieillis, ont témoigné de leur absenee de fondement).

Si le sens de la vie, c'est de comprendre que la perfection existe et qu'il faut la chercher sans répit, le sens de la moM c'est d'arriver à vivre la pleine perfection profonde. La doctrine de Diadoque de Photicé suggère le modèle de vie évangélique, praticare par tous à travers l'bunúlité et la charité, modèle qui peut conduire au Dieu parfait (cf. Mt I 9, 21, etc.).

 

NOTES

I. Cf. par exemple S. RIVIERE, 'Mori et démon chez les Pères'. Revue de Science Religieuse. 10 (1990), pp. 577-621. Mori et démon oni leur r61e distinet, inais à la fin ils sont identiques (dans Origène, Albanase, Eusèbc de Cesarée, etc., jusqu'aux Alexandrins, qui sont les Pères spiritucis de Diadoque).

2. E. M. VAGLIERI, L'opera di Diadoco di Fotice. tra storia della teologia e storia della mentalità@religiosa, (diss. di laurea, Università degli studi di Bologna, Facoltà di Lettere e filosofia. 199 1), qui donne une mise à jour complète des études diadoquéennes et un éventail de thèmes approfondis ou encore à approfondir.

3; Il est enecre cappelli dans la liturgie byzantine. Pcur une preniière recherche bibliographilue sur Diadoque, cf. D. STIERNON, 'Diadoque de Pboticé', in Dictionnaire dhistoire et de Géographie Ecclésiastique, XIV, Paris, 1960, coli. 374- 78.

4. DIADOQUE DE PHOTIC£, (Euvres spirituelles, introd., texte chi., trad. et notes de E. des Piaces, nouv. éd. rev. et augm.. Paris, 1966 (Sourets Chrétiennes, 5 ter).

S. I. HAUSHERR, 'Ueneur fondarmniale et la logique du messalianisme', Orientalia Christiana Periodica, Roma, I (1935), p. 328.

6. Diadoque utilise beaucoup l'idee de 'profondeur', de 'cceur', d"esprit'. C'est un thème qui mériterait une préparation, peut-ètre aussi de type psychologique.

7. V. MESSANA. Diadoco. Cento consideraioni sulla fede, (Collana di testi pattistici 13), Rom 1978, Introduzione, p. 14.

 

 

 

ultimo aggiornamento 08-Feb-2001

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